Les impressionnistes et les couleurs complémentaires

Les impressionnistes et les couleurs complémentaires

Les impressionnistes ne peignaient pas pour appliquer une théorie.
Ils se méfiaient des systèmes fermés et faisaient confiance à l’œil et à l’expérience directe.
Si les couleurs complémentaires reviennent si souvent dans leurs tableaux, ce n’est pas par dogme académique.
C’est parce que leur effet est immédiat et vérifiable.
La complémentaire n’est pas une règle savante.
C’est un outil pratique.
Elle agit comme un accélérateur de lumière.
Les impressionnistes avaient compris que la lumière ne se renforce pas par accumulation de pigments.
Elle se renforce par opposition maîtrisée.
La complémentaire sert à maintenir la tension visuelle.
Elle empêche une couleur dominante de s’écraser.
C’est cette logique qui structure leur usage de la couleur.

Opposition plutôt que mélange

Les impressionnistes évitent le mélange systématique des couleurs complémentaires sur la palette.
Mélangées, ces couleurs produisent un gris souvent terne.
Juxtaposées sur la toile, elles créent une vibration optique.
Cette vibration est interprétée par l’œil comme de la lumière.
La complémentaire n’est donc pas décorative.
Elle joue un rôle fonctionnel.
Elle empêche la couleur dominante de devenir opaque ou lourde.
Elle maintient l’éclat sans recourir à des tons artificiellement purs.

Monet et Renoir : faire vibrer la surface

Dans La Pie de Monet, la neige n’est jamais un blanc neutre.
Le soleil hivernal paraît plus intense parce qu’un jaune citron affronte des violets froids dans les ombres.
La lumière naît de la tension entre ces couleurs.
Chez Renoir, dans Le Déjeuner des canotiers, les carnations sont soutenues par des verts très froids placés près des rouges orangés.
Ces verts ne salissent pas la peau.
Ils empêchent le rouge de s’épaissir.
La sensation de chair vivante est maintenue par cette opposition discrète.
Dans les deux cas, la complémentaire agit sans se rendre spectaculaire.

Pissarro et Sisley : maintenir l’atmosphère

Dans Gelée blanche à Éragny, Pissarro ne représente pas une neige décorative.
La gelée est un givre perceptible par la température des couleurs.
Les bleus et mauves des ombres s’opposent aux jaunes pâles du ciel.
Le froid est ressenti sans recours à un blanc éclatant.
Chez Sisley, dans les versions du Pont de Moret-sur-Loing peintes à la fin des années 1880, les ciels bleus froids restent respirables grâce à des touches orangées et ocre rosé.
Ces touches sont présentes dans les berges, la maçonnerie ou les reflets.
L’orange n’est jamais frontal.
Il empêche simplement le bleu de s’aplatir.

La couleur complémentaire ne sert pas à embellir la peinture, mais à empêcher la lumière de s’éteindre.

Schéma des couleurs complémentaires utilisé par les peintres impressionnistes pour renforcer la lumière et les contrastes
Les couples de couleurs complémentaires, essentiels à la recherche de lumière chez les impressionnistes.

La complémentaire n’a pas besoin d’être visible pour agir.
Une touche suffit parfois à maintenir la tension chromatique.
Ce n’est pas le contraste spectaculaire qui compte.
C’est la vibration globale de la surface.
Observer l’effet avant la théorie reste la meilleure méthode.

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